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MATE OU MALOUINES: SUS AUX ANGLAIS!
Amis lecteurs et lectrices, l’impatience vous guette, vous trépignez en attendant de goûter le maté, ce fascinant breuvage, mais encore un mot d’avertissement: oubliez les conseils peu avisés des marchands de produits « detox », des magazines féminins numéros spécial été comment maigrir et des étiquettes marketing bio -le maté, consommé par les indiens traditionnels des petits villages andins. Poubelle! Le maté ne se consomme surtout pas comme du thé et n’est pas une boisson réservée aux adeptes du régime saisonnier ni aux aventuriers en quête d’authenticité et de villages d’indiens bariolés.

Crions le sur les toits: halte à l’infusion! Boutons la théière hors du pays Guarani. La couronne britannique a pris les Malouines mais ne prendra pas le maté!

Pourquoi le maté n’est pas du thé?
– Le maté ne se boit pas dans une tasse de thé : munissez-vous d’un récipient adéquat et d’une paille idoine.
– L’herbe reste dans le récipient et on rajoute de l’eau au fur et à mesure. Pas question de retirer après avoir laissé infusé pendant 2 à 3 minutes. Et faut-il le rappeler: il ne faut pas que le maté infuse!
– Pas d’eau bouillante: Si l’eau est trop chaude, toute l’amertume du maté sera libérée en une fois. Résultat : les premières gorgées seront imbuvablement amères, les suivantes seront plates.
– Le maté ne se consomme pas à l’heure du thé, mais toute la journée, particulièrement si c’est un dimanche ensoleillé sur une promenade au bord du Rio de la Plata, debout, assis par terre ou sur un banc. A Montevideo, on ne descend pas acheter ses clopes sans le maté dans la main droite, la thermos dans la gauche et le sucre sous l’aisselle. Il n’est pas non plus rare à Buenos Aires de voir prendre le maté dans le métro en allant au boulot.
PARA HACER UN BUEN MATE
Et maintenant, passons enfin à la pratique: comment servir un bon maté. On parlera ici du maté comme il se boit en Argentine. Attrapons donc dans la matera (le sac compartimenté du buveur de maté) les ustensiles et les ingrédients:

– le maté (le récipient: la calebasse, c’est plus agréable, mais avec un verre, ça marche aussi)
– la bombilla (la paille, prononcez Bombicha)
– la yerba mate (c’est-à-dire l’herbe ; prononcez Cherba Maté)
– la thermos avec l’eau chaude (mais pas bouillante, on répète, 70°-80°C)
– le groupe d’amis (car le maté est un rite social)
– un paquet de galletitas (des petits crackers salés ; prononcez Gachétitas)

1°/ Remplir le maté au 3/4 de yerba mais pas plus: la yerba gonfle quand on ajoute l’eau.
2°/ Boucher le maté avec le creux de la main et remuer de manière à bien homogénéïser la yerba qui, rappelons le, est un mélange de feuilles séchées (hojas), tiges (palo) et poudre (polvo).

3°/ Incliner le maté de manière à pouvoir déposer la bombilla dans le fond du maté.
4°/ Verser l’eau petit à petit. Laisser l’herbe gonfler. Aspirer les première gorgées (si elle sont trop amères, on à le droit de les recracher, mais discrètement, et de préférence pas au milieu du couloir du métro!).

5°/ Remplir à nouveau d’eau. La température est idéale quand se forme une mousse onctueuse à la surface. Déguster en ne remuant surtout pas la bombilla. Attention, on ne toutouille pas dans le maté avec la bombilla, sinon au choix, elle se bouche et tout est à recommencer, ou bien l’herbe passe dedans et on a de l’herbe plein les dents!
6°/ On remplit à nouveau et on passe le maté à son voisin.
7°/ On recommence autant de fois que l’on veut jusqu’à épuisement du paquet de galletitas.

Et surtout n’oublions pas: MATE BOUILLU, MATE FOUTU!

LES VALEURS DU MATE
Le maté est moment social important. Comme dirait mon voisin argentin, el mate es compartir: le maté ne se boit pas, il se partage!
Mais l’Argentine ayant bien retenu les leçons du FMI et la notion de propriété privée: il y a celui qui sert le maté et qui garde la main sur l’eau: le cebador; et ceux qui reçoivent un coup à boire mais qui n’ont pas le droit de se resservir: les potes et les inconnus avec qui on papotte.
Résumons : le cebador sert un maté et tend le récipient à quelqu’un. Celui-ci boit son maté tranquillement, on n’est pas pressé, et rend le récipient au cebador qui remplit la maté à nouveau pour le passer à quelqu’un d’autre (dans l’opération, la bombilla n’aura pas bougé d’un quart de poil, sinon, c’est yerba dans les dents, poil aux dents).

Un détail: boire un maté suppose donc de partager un moment ensemble, mais aussi de partager l’hygiène bucco dentaire: adeptes des gels hydroaclcooliques, passez votre chemin: on utilise tous la même paille sans l’essuyer!

LES VARIANTES
– Le maté peut aussi se boire sucré. Dans ce cas, on rajoute à chaque tour un peu de sucre en poudre ou liquide dans le maté, ou directement dans l’eau de la thermos. Nous, on préfère le maté amargo (amère). C’est un peu comme le café noir: quand on commence, on préfère.
– Le maté peut se boire froid. C’est le mode privilégié de consommation au Paraguay. Dans ce cas, on met de l’eau glacée dans la thermos, tout simplement, et on appelle ça un téréré. On peut aussi aromatiser avec de la menthe ou du zeste d’agrumes.
– Le maté cocido: pour les adeptes du sachet, il se présente comme un sachet de thé, et s’utilise comme un sachet de thé (avec de l’eau bouillante… et oui…)
LES TRUCS ET ASTUCES DE LA ABUELA (MERE GRAND):
– Avant d’utiliser pour la première fois un maté traditionnel (en calebasse), il faut préparer le maté, « curar » en espagnol. Pour cela, il faut laisser reposer le maté rempli de yerba humide pendant deux jours à l’issu desquels il faut gratter la partie molle.
– La abuela dit qu’il faut tremper le bout de la bombilla mouillée dans du sucre en poudre avant de la plonger dans le maté. La fine couche de sucre étant censé empêcher la yerba de pénétrer dans la bombilla (poil aux dents!). Ca me paraît aussi utile qu’un foetus de lama pour apporter prospérité, mais bon, c’est pour faire plaisir à la abuela.
Allez, bon maté !