nasse a anguille pas cher

Nous avons crû devoir commencer ce Traité par quelques Pêches, qui regardent particulièrement quelques Poissons, pour nous étendre après sur ce qui concerne en général tout cet art.

L’anguille est un poisson long & menu , de la figure d’un serpent, dont la peau est si glissante, qu’on ne la peut tenir dans les mains.

Ce Poisson demeure dans la bourbe, & ne se pêche en abondance que dans les inondations, & quand les eaux sont troubles : on le trouve dans les rivieres, les étangs, & les grands ruisseaux, & même dans les eaux sallées, où il se jette avec le courant de l’eau douce où il a crû, & par l’emboûchure où elle se décharge dans la mer.

Les Anguilles vivent de vers, de parties de Poissons, & de grenoüilles, ce qui fait qu’on se sert de ces sortes d’appâts pour les prendre ; elles veulent nager en grande eau.

On les prend avec une Nasse, & voicy comment ; on tend ce piège ordinairement, dans les endroits où l’ons çait qu’il y a des Anguilles, & on choisit ou un pertuis, ou une vanne de moulin, ou le milieu d’une riviere, où l’on fait une espece de haye, ainsi que nous le dirons dans la suite.

Si l’on veut tendre la Nasse à un pertuis, on en ôte deux ou trois pieux, qui font une ouverture large comme le trou de la Nasse.

Enfuite appliquez cette Nasse par l’endroit de l’ouverture du pertuis ; Attachez-la bien avec des cordes, crainte que la rapidité de l’eau qui y passe, ne l’emporte ; faites en sorte même que le tout soit bien joint.

Cela fait, laissez ainsi vôtre Nasse que vous aurez attachée le soir, revenez y le lendemain matin ; s’il y a des Anguilles elles auront suivi le courant de l’eau, & vous les trouverez prises.

Si vous tendez vôtre piège à la vanne d’un moulin, (c’est l’endroit où il se doit tendre) vous observerez la même chose qu’à un pertuis ; elles sont ordinairement plus abondantes en ces endroits-ci que dans l’autre.

Mais si vous êtes dans un lieu où il n’y ait ni pertuis ni moulins, & que la rivière où vous voulez pêcher soit fertile en Anguilles, suivez la methode que voicy.

Vous avez un petit bateau, dans lequel vous allez au courant de la rivière ; c’est ordinairement dans le milieu qu’elle est plus rapide : là , vous faites une haye avec des clayes que vous faites tenir avec des pieux. Il faut qu’elles soient mises en triangle, & que dans le fond il y ait une espace pour laisser couler l’eau, de la largeur de l’emboûchure de la Nasse.

Cela fait, prenez vôtre Nasse, enfoncez-là dans l’eau, attachez là à vôtre haye, à l’endroit où est l’ouverture que vous y avez laissée, & faites en sorte que l’eau passe par-dessus.

Comme cette Nasse ne peut être tendüe que dans une riviere qui n’est pas extrêmement profonde ; on peut au dessous de l’endroit où elle est attachée à la haye, mettre quelques bourées, pour empêcher que les Anguilles ou autres Poissons, qui prendront ce fil de l’eau, ne passent par-dessous, & ne rendent par-là l’effet de cette Pêche inutile.

Cette Pêche est fort divertissante, & très-aisée à pratiquer ; on prend des vers de terre les plus gros qu’on peut trouver, on les attache huit ou dix les uns près des autres ; puis on s’en va où l’ons çait qu’il y a des Anguilles.

Vous avez un bateau qui vous sert à choisir l’endroit de l’eau que vous jugez de meilleur pour cela ; y étant arrivé, vous prenez vos vers, attachez, comme on a dit, au bout d’un petit cordeau, que vous tenez en main, vous les jettez dans l’eau.

Si-tôt que les Anguilles les apperçoivent, elles y accourent en troupe, & chacune prenant un vers pour l’engloutir, il s’en prend autant qu’il y a de cette vermine : quand on sent que le cordeau qu’on tient en main tire un peu, il faut le tirer à soy tout doucement : & lorsque vous êtes à portée, ou vous prenez ces Poissons à la main, ou vous les enlevez dans vôtre bateau même. C’est ordinairement vers la nuit que cette Pêche s’exerce ; elle est fort abondante, & manque rarement dans les lieux où les Anguilles sont fréquentes.

Il y en a qui attachent ces vers à de petits hameçons propres pour les Anguilles ; mais alors il faut les couper en deux & les piquer, par le milieu, afin que ces Poissons ne puissent les prendre sans s’attraper à ces hameçons ; cette methode est plus sûre que la précédente.

Au lieu de vers, on met, si l’on veut, des peaux de grenoüilles, ou des morceaux de Poisson ; tous ces appâts leur sont également bons.

Il y en a qui prennent des hameçons d’un bleu de mer, qu’ils font faire exprès, & auquels ils attachent de ces vers ; ensuite les Anguilles attirées par cet appât, viennent en foule donner à ces hameçons, auquels elles se prennent.

On prétend que les hameçons d’une couleur bleuâtre sont les meilleurs pour la Pêche, & que ceux qui sont trop bleu, épouvantent les Poissons. Il est aisé de les rendre tels, lorsqu’après être polis, on les met dans la cendre chaude.